Il y a des destins qui semblent écrits depuis la naissance. Celui de Victor Wembanyama, le phénomène des San Antonio Spurs, en fait assurément partie. Derrière le géant aux 2,24 mètres qui fascine la planète basket se cache une histoire familiale d’une richesse exceptionnelle : plusieurs générations d’athlètes, un héritage sportif transmis avec passion, et des parents qui ont façonné, chacun à leur manière, l’un des joueurs les plus extraordinaires que le basketball mondial ait jamais produit.
Revenons en détail sur les deux piliers de cette saga : Félix Wembanyama et Élodie de Fautereau.
Félix Wembanyama : le père athlète, monument de rigueur et de technique
Un parcours d’exception sur les pistes d’athlétisme
Le père de Victor, Félix Wembanyama, est né en Belgique avec des racines familiales en République Démocratique du Congo. Il est originaire de la province du Sankuru, en RDC. Sa stature impressionnante — il mesure 2,01 mètres — n’est pas étrangère à la morphologie de son fils.
Athlète de haut niveau dans sa jeunesse, Félix s’est illustré notamment au triple saut, avec un record personnel à 15,56 mètres, et au saut en longueur avec 7,41 mètres. Il a également couru le 100 mètres en 11 secondes. Plus jeune, il a été sacré champion de France d’athlétisme. S’il n’a jamais atteint les Jeux Olympiques, son niveau d’expertise technique était indéniable, et c’est précisément cette expertise qu’il a transmise à Victor.
Le maître de la technique corporelle
La contribution de Félix au développement de Victor va bien au-delà de la simple génétique. Victor a lui-même expliqué comment son père lui a appris à se concentrer et à appréhender le sport de manière analytique : « Papa m’a donné la passion d’approfondir les sujets et d’être un vrai technicien du sport. »
Lors d’un entretien avec EuroLeague Basketball, Victor a précisé : « Il y a une bonne façon de courir, et il m’a appris ce genre de choses. » Ces bases biomécaniques, apprises dès le plus jeune âge, expliquent en grande partie la fluidité de mouvement et la coordination hors norme que Victor affiche sur les parquets NBA — des qualités quasiment inédites pour un joueur de sa taille.
Victor a d’ailleurs pratiqué l’athlétisme sous la tutelle de son père, ce qui lui a permis de développer une mobilité et une dextérité impressionnantes pour un joueur de son gabarit.
De l’athlétisme au basket : une reconversion naturelle
Avec les années, Félix s’est lui-même reconverti dans le monde du basket, en devenant préparateur physique de basketteurs à Trappes, d’abord en N2 puis en N1. Il joue encore aujourd’hui en catégorie vétérans. Passeur de savoir, entraîneur par vocation, Félix a consacré une large part de sa vie adulte à transmettre aux autres ce que le sport lui avait appris.
Lors de la Draft 2023, quand les Spurs ont officiellement sélectionné Victor en premier choix global, la famille était réunie. Malgré sa discrétion légendaire, Félix n’a pas pu masquer son émotion en ce moment historique.
Élodie de Fautereau : la mère, basketteuse dans l’âme et éducatrice de cœur
Une joueuse professionnelle à part entière
Élodie de Fautereau, la mère de Victor, est une ancienne joueuse professionnelle de basketball. Elle a notamment participé à la Ronchetti Cup avec Mosa Jambes en 1998, où elle a tourné à 10,2 points et 4,7 rebonds de moyenne sur six matchs selon son profil FIBA.
Elle mesure 1,91 mètre et a joué pour le club du Chesnay puis du Chesnay-Versailles jusqu’au niveau de la Nationale 1 Féminine. Une carrière solide, dans un environnement familial entièrement tourné vers la balle orange.
La première coach de « Wemby »
C’est Élodie qui a véritablement introduit Victor au basketball. Elle a longtemps été responsable de l’école de basket du club du Chesnay-Versailles, l’institution dans laquelle son fils Victor a disputé ses tout premiers matchs en compétition, à l’âge de 7 ans.
Aujourd’hui encore entraîneuse, Élodie encadre des enfants de 4 à 10 ans. Mais concernant Victor, elle a toujours su garder une juste distance : « Elle sait quel est son rôle. Et elle sait qu’en tant que parent, il est parfois préférable de s’effacer et de ne pas trop s’impliquer dans le parcours de ses enfants », a confié le joueur.
Cette sagesse parentale, rare et précieuse, a permis à Victor de construire son identité sportive sans pression excessive, tout en bénéficiant d’un regard expert à portée de main.
Un lien fusionnel avec son fils
Victor a souvent exprimé à quel point il se reconnaît dans sa mère. « Elle me ressemble beaucoup, et elle est parfois un peu excentrique », a-t-il confié avec tendresse. Un aveu rare de la part d’un joueur qui cultive volontiers le mystère sur sa vie privée.
Le basketball dans le sang : trois générations de passion
Ce qui rend l’histoire des Wembanyama encore plus saisissante, c’est que la passion du basketball remonte bien au-delà des parents de Victor.
Le grand-père maternel de Victor, Michel de Fautereau, mesure 2 mètres. Lieutenant dans l’armée de l’air, il a joué au Paris Université Club en Première division nationale, lors des saisons 1967-68, 1969-70 et 1972-73. Ce club parisien avait été champion de France en 1963.
Michel De Fautereau a rencontré sa femme Marie-Christine lors de son service militaire à Salon-de-Provence. Tous deux basketteurs, ils ont transmis cette passion à leur fille Élodie. Les grands-parents de Victor se rendaient d’ailleurs régulièrement au palais des sports Marcel-Cerdan à Levallois pour soutenir leur petit-fils lors des matchs des Metropolitans 92.
Face à cet héritage, Victor lui-même reconnaît volontiers que le basket lui était destiné : « J’avais le choix de jouer ou non, mais le basketball a toujours été là. Je ne peux pas l’éviter dans ma famille. »
Ève et Oscar : une fratrie tout aussi impressionnante
Ève Wembanyama, née le 10 décembre 2001, est la sœur aînée de Victor. Elle est joueuse de basketball professionnelle et compte à son palmarès une médaille d’or au Championnat d’Europe U16 en 2017, ainsi que le titre de championne de France U18 et Espoirs avec l’ASVEL féminin. Elle évolue actuellement à Monaco en LF2.
Le benjamin de la famille, Oscar, né le 18 mars 2007, a d’abord évolué dans le handball avant de se tourner vers le basket. En 2020, il intègre le Nanterre 92 et remporte dès sa première année le titre de champion de France U15.
Oscar a lui-même exprimé son désir de construire sa propre identité sportive : « Je ne me sens pas dans l’ombre de mon frère. Mon but n’est pas d’être sa réplique, mais d’écrire ma propre histoire aussi belle que possible. »
La génétique exceptionnelle de la famille se retrouve aussi dans leurs gabarits : Élodie mesure 1,91 mètre, Félix 2,01 mètres. Ève et Oscar culminent à 1,95 mètre chacun, quand Victor dépasse tout le monde à 2,24 mètres.
Une famille discrète, un soutien total
Victor a confié que ses parents ne lui ont « jamais mis la pression » malgré un environnement sportif omniprésent. Cette liberté offerte par Félix et Élodie a peut-être été l’un des facteurs les plus déterminants dans l’épanouissement du joueur.
La présence constante des parents aux matchs de Victor, leur soutien discret mais indéfectible, témoignent d’un lien familial fort qui a servi de socle stable à toute sa progression. Dans un monde où la pression médiatique est écrasante, avoir une famille unie et posée représente un avantage considérable.
Les parallèles avec Kylian Mbappé sont souvent dressés : deux prodiges français aux origines africaines, des parents anciens sportifs, une intelligence précoce, les pieds sur terre. Victor a d’ailleurs obtenu son baccalauréat avec un an d’avance et avec mention, alors qu’il jouait déjà au niveau professionnel.
Derrière le phénomène Wembanyama, derrière « l’Alien » comme le surnomme la presse américaine, se cache donc une famille entière qui, génération après génération, a semé les graines d’un champion absolu.