Les origines : une enfance bercée par le football
Jacques Santini naît le 25 avril 1952 à Delle, dans le Territoire de Belfort. Fils d’une famille dont le restaurant est le point de ralliement du village de Fesches-le-Châtel, il grandit dans un environnement populaire et chaleureux. Les habitants se pressaient devant le seul téléviseur du village pour suivre les matchs de football, et le jeune Jacques se souvient d’avoir été « allongé devant l’écran avec tous ses copains de classe pour voir jouer la France ». Pour lui, le ballon est une vocation naturelle. À l’époque, « après l’école, c’était foot, vélo, baignade ! »
Joueur professionnel : les grandes années stéphanoises (1969–1981)
À 17 ans, le jeune milieu de terrain rejoint ce qui allait devenir le club de sa vie. Il pose ses valises à Saint-Étienne et tombe dans le Chaudron, portant le prestigieux maillot vert de 1969 à 1981, inscrivant 50 buts.
Ces années coïncident avec l’âge d’or de l’ASSE. Avec Saint-Étienne, Santini est champion de France en 1974, 1975, 1976 et 1981, et vainqueur de la Coupe de France en 1975 et 1977. « Notre force était collective, on avait un véritable esprit d’équipe », témoigne l’ancien Vert. Pour les faire gagner, l’entraîneur Robert Herbin ne ménageait pas ses hommes. « Mais on suivait l’entraîneur quoi qu’il arrive, c’était notre guide. »
Les poteaux carrés de Glasgow : une scène devenue mythique
L’épisode le plus célèbre de sa carrière de joueur reste gravé dans la mémoire collective du football français. En 1976, lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions face au Bayern Munich (défaite 1-0), Santini est l’auteur d’un coup de tête sur la transversale de l’Hampden Park de Glasgow. Il est le deuxième joueur stéphanois à avoir touché les fameux poteaux carrés durant ce match, après le tir de son coéquipier Dominique Bathenay.
« Depuis 1969, j’en ai marqué des buts comme ça dans l’axe… des centaines de fois. Oui, des centaines ! Mais ce jour-là, le ballon n’a pas voulu rentrer. Ah, si les poteaux avaient été ronds… On méritait la Coupe aux grandes oreilles », regrette-t-il. Cette défaite, aussi douloureuse soit-elle, a forgé une légende. Quarante ans après, en mai 2016, Santini a retrouvé ses coéquipiers de 1976 pour célébrer cet épisode entré dans l’histoire.
La fin de carrière comme joueur
Santini termine sa carrière professionnelle à Montpellier La Paillade, puis au CA Lisieux en troisième division, où il occupe le rôle d’entraîneur-joueur entre 1983 et 1985. Notons que, malgré sa longue carrière au plus haut niveau en club, il n’a jamais été sélectionné en équipe de France.
Entraîneur : une ascension méthodique (1985–2002)
Les premiers bancs : Lisieux, Toulouse, Lille
C’est à Lisieux que Santini découvre le métier de technicien. Après cette première expérience, il connaît sa grande première en tant qu’entraîneur avec le Toulouse Football Club, entre 1985 et 1989, puis entraîne le Lille OSC, l’AS Saint-Étienne, et le FC Sochaux qu’il rejoint en cours de saison en décembre 1994.
L’Olympique Lyonnais : les premiers titres
Après une saison sans club, il encadre le stage estival de l’UNFP en 1996, puis est nommé directeur technique de l’Olympique Lyonnais à partir de 1997, avant de devenir l’entraîneur du club de 2000 à 2002.
C’est avec Lyon qu’il remporte ses premiers titres d’entraîneur : une Coupe de la Ligue en 2001 et le titre de champion de France en 2002. Cette réussite lyonnaise lui ouvre ensuite les portes de l’équipe de France.
Sélectionneur des Bleus (2002–2004) : un bilan exceptionnel
Une nomination après la débâcle du Mondial 2002
Après l’échec des Bleus lors de la Coupe du monde 2002 en Asie, il est appelé en août 2002 pour succéder à Roger Lemerre. La mission est ambitieuse : reconstruire une équipe de France en pleine crise de confiance.
La Coupe des Confédérations 2003
Il parvient à remporter la Coupe des Confédérations en 2003, offrant aux Bleus un premier trophée majeur depuis la Coupe du monde 1998. Cette performance lui vaut d’être élu meilleur sélectionneur mondial par l’IFFHS en 2003.
Un bilan record
Santini enchaîne une série record de 14 victoires consécutives, mais se heurte au refus de la FFF de prolonger son contrat avant l’Euro 2004. En deux ans, il aura été le sélectionneur présentant le meilleur bilan à la tête de l’équipe de France, avec 22 victoires, 4 nuls et seulement 2 défaites.
L’Euro 2004 et le départ polémique
Fort de ce bilan, il souhaite obtenir une prolongation au-delà de l’Euro, tandis que la Fédération préfère attendre les résultats au Portugal avant de renouveler sa confiance. Santini prend alors son monde de vitesse en annonçant, quelques jours avant le début de la compétition, sa signature au club anglais de Tottenham pour la saison 2004-2005.
Sur le terrain, les Bleus terminent premiers de leur groupe devant l’Angleterre et la Croatie, mais sont éliminés en quart de finale par la grande surprise de la compétition, la Grèce, futur vainqueur du Championnat d’Europe.
Après la sélection : Tottenham, Auxerre et la retraite
L’échec à Tottenham
L’aventure anglaise est brève. Santini démissionne de son poste après seulement cinq mois et treize matches à la tête de Tottenham, officiellement pour « problèmes personnels », mais en réalité à la suite de conflits internes liés à l’organigramme des Spurs, notamment avec le directeur sportif Frank Arnesen.
Auxerre et la fin de carrière d’entraîneur
Il remplace ensuite Guy Roux au poste d’entraîneur de l’AJ Auxerre. Après une saison acceptable (sixième place en Ligue 1, qualification pour la Coupe Intertoto), il annonce son départ.
En janvier 2010, il est nommé à un rôle de conseiller bénévole à la politique sportive de l’AS Saint-Étienne, en tant que président de la commission sportive, avant de démissionner à l’issue de la saison. Il rejoint ensuite la direction technique du Racing Club de Lens en juin 2010, mais son contrat est résilié en janvier 2011.
Il termine sa carrière dans le monde du football en tant que directeur du football au Paris FC.
Portrait d’un homme discret
Jacques Santini est souvent décrit par les journalistes sportifs comme un « mystère ». Plus encore que ses prédécesseurs Aimé Jacquet et Roger Lemerre, il est rétif à parler aux journalistes et parvient à éluder les questions. Cette réserve naturelle tranche avec la flamboyance de certains grands techniciens, mais elle n’a jamais entamé le respect que lui portent joueurs et dirigeants.
Jacques Santini est le père de Stéphane Santini, lui aussi impliqué dans le football.
Bilan et héritage
Jacques Santini reste l’une des figures marquantes du football français, à la fois pour ses années glorieuses sous le maillot vert de Saint-Étienne et pour son passage réussi à la tête de l’équipe de France. Joueur symbole d’une époque dorée, technicien au bilan remarquable, il aura traversé le football français des années 1970 aux années 2010 avec constance et intégrité. Les poteaux de Glasgow, sa Coupe des Confédérations et sa série de victoires avec les Bleus constituent autant de jalons d’une carrière dense, souvent méconnue à sa juste valeur.