Accueil » « C’est dangereux et inutile » : la mode inquiétante des oreilles en chou-fleur dans le MMA

« C’est dangereux et inutile » : la mode inquiétante des oreilles en chou-fleur dans le MMA

by rfopu
« C’est dangereux et inutile » : la mode inquiétante des oreilles en chou-fleur dans le MMA

Portées par l’explosion mondiale du MMA, les oreilles déformées des combattants fascinent désormais bien au-delà des cages. Longtemps considérées comme les stigmates naturels d’années de pratique intensive, elles sont aujourd’hui devenues un véritable objet de fascination sur les réseaux sociaux. Certains amateurs cherchent même à provoquer volontairement ces déformations, quitte à mettre leur santé en danger.

Dans les plus grandes organisations comme l’UFC, le Bellator, la PFL ou le ONE Championship, il n’est pas rare d’apercevoir des combattants arborant ces oreilles cabossées, devenues presque une signature visuelle de la discipline. Mais ce qui est le fruit d’années de combats et d’entraînements intensifs tend désormais à être imité par des pratiquants débutants, voire par des personnes qui ne combattent même pas.


Une blessure traumatique, pas un accessoire esthétique

Le phénomène de l’« oreille en chou-fleur » est loin d’être anodin. Il s’agit d’un traumatisme sérieux provoqué par des chocs répétés ou des frottements violents, notamment lors des phases de lutte au sol, très fréquentes en MMA.

Le docteur Marc Delcourt, médecin du sport et consultant pour plusieurs ligues européennes de MMA, explique que cette déformation apparaît lorsque du sang s’accumule entre la peau et le cartilage de l’oreille à la suite d’un choc. Sans drainage rapide, le sang durcit et crée une déformation permanente.

« On parle d’un hématome grave, qui peut entraîner une infection, une nécrose du cartilage et parfois une perte partielle de l’audition », précise-t-il.


Quand l’image prend le dessus sur la raison

Avec la montée en puissance de stars internationales évoluant à l’UFC ou au Bellator, certains jeunes pratiquants voient désormais ces oreilles déformées comme un symbole de virilité et de crédibilité sportive.

Alexandre Maret, ancien combattant professionnel passé par la PFL et aujourd’hui entraîneur en région parisienne, observe une dérive inquiétante dans certains clubs :

« Je vois parfois des débutants chercher volontairement à se frotter les oreilles contre les tapis ou contre leurs partenaires. Ils veulent “faire vrai”, se donner un style. Mais ce sont des comportements absurdes et dangereux. »

Selon lui, ce phénomène est amplifié par les réseaux sociaux, où circulent des vidéos cumulant parfois plusieurs millions de vues, montrant des jeunes se frappant volontairement les oreilles avec des haltères ou des objets lourds.


Une tendance amplifiée par TikTok et Telegram

Sur TikTok, certaines vidéos de pseudo-tutoriels expliquant comment « obtenir une oreille de combattant » dépassent les 10 millions de vues. Sur Telegram, des groupes spécialisés proposent même des méthodes prétendument « indolores » pour provoquer volontairement l’hématome.

Pour Julien Robert, préparateur physique ayant travaillé avec plusieurs combattants de l’UFC Europe, cette dérive est symptomatique d’une mauvaise compréhension du MMA :

« Le MMA est un sport extrêmement exigeant, structuré, technique. Chercher à imiter les stigmates sans avoir la discipline, c’est vouloir brûler toutes les étapes. Ceux qui font ça ne restent jamais longtemps dans les salles. »


Des conséquences parfois irréversibles

Une fois l’oreille déformée, il est très difficile de retrouver une apparence normale. Seule la chirurgie plastique peut parfois corriger partiellement la déformation, et uniquement lorsque la carrière sportive est terminée.

Dans le monde du rugby, où les oreilles en chou-fleur sont également fréquentes chez les avants, certains anciens internationaux ont eux aussi connu ce problème. Nicolas Garnier, ancien pilier du Top 14 reconverti comme consultant, raconte avoir subi plus d’une dizaine de ponctions en une saison :

« C’était extrêmement douloureux. J’ai même envisagé l’opération à la fin de ma carrière. Aujourd’hui, je trouve ça aberrant de vouloir ça volontairement. »


Une marque du combat, pas un trophée

Pour de nombreux entraîneurs et combattants professionnels passés par l’UFC, le Bellator ou le ONE Championship, l’oreille en chou-fleur n’est pas un symbole de gloire, mais simplement une conséquence regrettable du métier.

Karim El Mansouri, coach de MMA et ancien combattant international, résume la situation sans détour :

« Ce n’est pas une médaille. Ce n’est pas un trophée. C’est une blessure. Si on peut l’éviter, on doit l’éviter. »

C’est d’ailleurs pour cette raison que de plus en plus de combattants utilisent aujourd’hui des protections spécifiques à l’entraînement, notamment lors des séances de grappling intensif.


Une mode passagère, des séquelles durables

Si cette fascination pour les oreilles en chou-fleur semble aujourd’hui alimentée par l’image spectaculaire du MMA moderne, ses conséquences, elles, sont bien réelles et souvent définitives.

Dans les plus grandes ligues mondiales — UFC, PFL, Bellator ou ONE Championship — les combattants savent qu’il s’agit d’un risque professionnel, jamais d’un objectif. Chercher à s’infliger volontairement ce type de blessure relève davantage de la mise en danger que de la passion sportive.

Comme le rappelle le docteur Delcourt :
« Le courage, ce n’est pas de s’abîmer volontairement. Le courage, c’est de s’entraîner intelligemment et de durer dans ce sport. »

Leave a Comment